Burn out infantile

D’autres genres d’emplois du temps problématiques: ceux des enfants pour qui je donnais des cours particuliers, parfois absolument effarants. L’école française, qui est certes vraiment bien par rapport à beaucoup d’autres pays, ne ménage déjà pas ses enfants. Alors si les parents ajoutent à une journée de 8h bien chargée un cours de russe, un cours de français, et un cours d’échec. Véridique. Enfant en CM2, et j’étais chargée du cours de français.

Dans cette même famille, d’ailleurs, le rapport au temps était tout à fait pathologique. Beaucoup de choses étaient pathologiques sans doute, mais cette facette, au moins, j’ai pu l’entrevoir lorsque je suggérais à la fille de demander à sa mère de faire telle ou telle chose le week-end après avoir réalisé, en l’amenant à Beaubourg voir une expo, qu’elle ne sortait jamais de chez elle et, vivant pourtant dans le quartier latin, n’avait probablement jamais traversé la Seine à pied… Non, il fallait aide Maman à ranger, ce week-end, comme tous les week-ends. Je pense souvent à cette petite fille, pourtant peu sympathique, et à ce qu’elle est devenue, et que j’ignore.

Lignes de départ à haute tension

Je m’en rends compte en vieillissant – on se rend compte de beaucoup de choses en vieillissant et ce n’est pas forcément bon signe – que je suis particulièrement sensible aux départs. Il y a dans le fait de partir, d’où que ce soit et pour où que ce soit quelque chose qui me plaît plus que tout. Quel rapport avec la question de l’emploi du temps ? C’est que, ce matin, en passant discrètement la porte de la maison à 6h30 pour aller prendre un train matinal et passer le restant de la journée – et même des quelques jours à venir – en déplacement, j’ai revu plusieurs départs au petit matin, celui de mars dernier pour les Etats-Unis via l’aéroport de Bruxelles, dont je ne me doutais pas que lieu et heure seraient quelques jours plus tard le point de concordance d’une attaque terroriste. Un autre départ, quelques mois plus tôt, tout entier tourné vers la joie de retrouver l’Italie et de cette journée à Rome dont je n’avais rien prévu pour la remplir. Ou, encore un an avant, ce réveil très matinal avec Maurice âgé de 8 mois pour aller prendre l’avion pour Venise, et cet autre, avec Maurice âgé de 2 ans et demi, encore endormi dans la poussette, pour aller cette fois à Berlin. J’ai revu en particulier un départ de fin d’été pour l’Italie. J’avais 20 ans et j’allais visiter Florence et Venise avec deux amies, départ en bus au petit matin encore tout noir. Je m’étais électrocutée en ouvrant les yeux, en débranchant mon réveil pour le mettre dans mon sac – c’était la dernière chose à y mettre (c’était avant l’époque des téléphones qui font réveil) – et j’ai gardé une bonne partie de la journée (passée entièrement dans le bus d’ailleurs) une drôle de sensation d’être rechargée comme une pile électrique. Trop bien réveillée en somme.

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Ces départs matinaux m’étonnent toujours par l’énergie que j’ai, en général avant même que le réveil ne sonne – et qui m’empêchent même de me rendormir pendant quelques heures – d’autant plus étonnante pour quelqu’un qui comme moi à tant de mal à se réveiller en temps normal…

 

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La cloche

Mon fils a fait hier sa rentrée à la maternelle. Il a deux ans et demi. Ce qui l’a le plus marqué, c’est la cloche. Le son est assez strident en effet, et très fort. La maîtresse a dû leur expliquer la signification, la première règle, car dès le premier soir, il répétait (il ne parle pas encore très bien): « école…. cloche… classe », avec des gestes explicites de la main, de ceux qui veulent dire « pousser » ou « rentrer ».

C’est la fin de la récréation, au sens propre, comme au sens figuré. EN effet, une amie me faisait remarquer hier que la cloche, c’était le début de tous les conditionnements d’emplois du temps, de contraintes sociales liées au travail, aux administrations, aux transports, à la vie en société, en fait.

Et c’est l’école qui sonne la fin de la récré.

Du temps dansé

Ce soir, un spectacle pile dans la thématique. Ca s’appelle TIME TAKES THE TIME TIME TAKES et c’est dans le cadre du festival des Brigittines, cette très belle salle bruxelloise dédiée à la danse et aux arts du mouvement.

De la danse sur un thème pareil, c’est forcément risqué: ça sent

la métaphore. Et effectivement, on voit des corps faire les horloges, des métronomes, la petite et la grande aiguille, le ding dong d’une église, etc.

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Mais c’est beau, ça arrive à point nommé, et il n’y a pas que des métaphores temporelles: le spectacle ne tiendrait pas.

C’est une histoire de régularités qui s’effondrent toutes pour renaître sous d’autres rythmes, une histoire de déséquilibres très impressionnants, de jeux de balance et de portées, comme des temps suspendus.

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On pense à des danses jouant la mécanique du corps, la déshumanisation des silhouettes (je pense à Wayne Mc Gregor, que j’admire beaucoup), mais l’enjeu n’est pas là. Les cinq danseurs sont incroyablement humains sur scène et il n’y a rien de plus beau dans la pièce que la façon dont les corps s’effondrent, se lâchent, glissent, se laissent aller sur le sol…

Car c’est ça aussi le temps, l’illusion d’une maîtrise, d’un remplissage, l’illusion du mouvement continu, qui en fait est happé, scandé, construit, vécu, etc.

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Du temps pour soi

Je me souviens de mon ancien prof de yoga (le meilleur que j’ai connu, de loin) qui se moquait des gens qui après un bon cours prenaient plaisir à manger une grosse entrecôte. Il y avait pour lui contradiction dans les termes. J’avoue que je trouve encore plus ridicule – tout en me sentant profondément concernée – les gens qui arrivent en sueur à leur cours de yoga, après avoir couru dans les transports en commun, ou ceux qui repartent tout aussi speed ou stressés pour retourner au travail, aller chercher les enfants, faire les courses, la cuisine, ne pas rater leur série, leur séance de cinéma, un rendez-vous avec les amis, etc. Pourquoi payer pour prendre du temps pour soi, dans une séquence close, alors que cela aggrave le reste de la journée sur ce même plan de « prendre du temps pour soi »?

Saturne dévorant Goya
Goya, Saturne dévorant ses enfants

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Une résidence d’une semaine – récit

Attention, ce texte est long (et sans image). C’est le récit au jour le jour d’une expérience de résidence vécue par de nombreux artistes et universitaires.

(26.06) Imminence

Bientôt le départ. Beaucoup de choses à faire avant de partir pour cette résidence d’une semaine en Normandie, que j’ai sollicitée il y a presque deux ans, déjà. Beaucoup de choses à faire, dont le sac. Qu’emporter pour s’isoler et travailler au mieux ? Je connais le lieu pour y être passée dans d’autres circonstances il y a longtemps. On m’a dit que la connexion wifi était toujours aussi mauvaise. C’est tant mieux. Quoi de mieux que l’absence d’intérêt pour se mettre enfin au travail ?

Pour beaucoup de gens comme moi, j’en ai bien conscience, la résidence est une sorte de carotte. Une contrainte dont on a besoin pour se mettre au travail…

(02.07) Arrivée

De loin, le lieu est fort imposant. C’est un monument historique dans lequel on va vivre quelque temps.

J’ai fait une entrée en fanfare au moment du dîner, en retard, et remarquée. Les têtes se lèvent pendant que je cherche un visage connu. Je sais que, comme dans une colonie de vacances, les visages aujourd’hui inconnus me seront connus à la fin de la semaine, comme dans un film on fait parfois défiler les personnages et le casting dans le générique de début.

Accueil et rituel

Le premier soir, on est tous accueillis au grenier pour un discours de la maîtresse des lieux. Elle présente le lieu, son histoire, son esprit, ses règles de vie commune, et ses rituels qui, seuls, semble-t-il permettent que perdure une telle opportunité de résidences dont chacun se réjouit à haute voix au moment où il faut se présenter. Un par un. Et nous sommes nombreux.

Le calvados de bienvenue offert aide à faire passer cette séance fort longue. Chacun y exprime sa reconnaissance et ses attentes. Certains sont « déjà séduits par le lieu », « lieu très inspirant » dans lequel « le charme opère déjà ». On remercie déjà alors que la semaine ne fait que commencer. On remercie pour le temps dont on va disposer, pour cette « semaine hors du temps », le fait d’ « avoir une semaine entière ». Ceux qui sont déjà venus expliquent qu’ils savent que vont se nouer de « réelles amitiés », qu’ils vont « repartir enrichis ». Ceux qui sont là pour la première fois expriment leur « surprise » qu’un tel lieu existe, et attendent avec impatience de voir « ce qui va se passer ». Quelque chose d’anachronique, effectivement – le mot est prononcé par la maîtresse des lieux.

Wifi

Effectivement, le wifi ne marche pas. C’est même pire que prévu. La faute au tour de France, nous explique-t-on. Ca devrait être l’affaire de 24h. Personne ne s’en plaint ouvertement : ça fait partie de la parenthèse. Mais nous ne sommes qu’au premier jour.

(03.07) Premier soir

Déjà de premiers groupes se forment : les fumeurs, naturellement, obligés de se grouper tels des poussins mouillés au dehors du château, sous la bruine, ceux qui vont voir la fin du match de foot, ceux qui n’ont rien contre finir la bouteille de Calvados en faisant connaissance, ceux qui veulent se coucher tôt, ceux pour qui il est important de s’installer dans sa chambre et de ranger ses affaires le premier soir, ceux qui ont d’autres affaires à traiter (mail professionnel urgent, projet à rendre avant minuit, coup de téléphone d’un amant/ maîtresse potentiellement jaloux qu’il faut rassurer ou au contrire entretenir dans l’angoisse…).

Tout le monde a conscience du danger que représente le fait d’être déjà catalogué dans tel ou tel groupe, soit qu’il tremble d’être rangé dans la catégorie des rabat-joie, soit qu’il regarde de façon méprisante les groupes dits de fêtards, ou de jeunes. Chacun revit ici les premiers jours de septembre chaque année attendus et redoutés pendant plus de 15 ans, ceux où beaucoup de choses se nouent. Mais chacun, en même temps, fort de ses nombreuses années d’expérience scolaire, qu’elle date des années 1960 ou des années 2000, a conscience que les groupes évoluent, que les catégories sont toujours plus labiles qu’il n’y paraît, et que la fin d’une année de cours agit comme un révélateur. L’année ne durera cette fois qu’une semaine.

Petit déj.

Comment créer un groupe ? Comment faire que les gens se sentent suffisamment à l’aise pour travailler ensemble ? Une solution consiste à leur faire partager des expériences, que ce soit des expériences hors du commun, celle de la mort, par exemple (la première guerre mondiale comme creuset de la société française) ou des expériences triviales. Faire se retrouver les gens au réveil pour le petit déjeuner est la solution la plus économique et celle qui a été choisie ici.

Le vide

Une résidence, c’est du vide : le vide de la tablette du lavabo dans une chambre où l’on arrive, le vide de l’armoire que l’on ne peut remplir qu’au tiers avec une valise déjà bien chargée, le vide du lieu où l’on n’a ni colifichet, ni image au mur, ni souvenirs, ni fantômes. Vide du temps qui est tout à fait réjouissant. Avoir devant soi une plage de temps comme une plage de galets où l’on s’imagine marcher sans but jusqu’à ne plus en avoir envie…

Pluie

Ce qui différencie une résidence des vacances c’est qu’on peut légitimement se réjouir lorsqu’il pleut.

Les gens

Les artistes en résidence sont comme des enfants à l’école : ils ne voient que les autres enfants et semblent ne pas remarquer tout ce qui fait que l’ensemble fonctionne : administratifs, cuisiniers et serveurs, portiers, techniciens, etc. Ceux qui ne sont pas des artistes, ceux qui sont là et qui restent. Qui résident vraiment.

(04.07) La photo de groupe

Voilà un autre rituel. Après le repas, avant le café, on fait la photo. Des bancs, des chaises, des rangs, un décor de château. La couleur devient noir et blanc. Comme on vit depuis quelques jours entourés de photographies des gens qui nous ont précédés dans le même lieu pour le même genre d’activité, on ne peut que penser à la postérité. Dans 1 an, dans 10 ans, on reconnaîtra certains des visages, certains seront même connus, d’autres seront restés inconnus. Injustice des destins. Qui pourra-t-on isoler du groupe, recadrer et utiliser pour un matériel de communication ? Une photo de jeunes artistes en devenir.

L’expo

L’un d’entre nous, en résidence depuis un mois déjà, présente une exposition avant de partir. Le château a invité la presse pour un vernissage en bonne et due forme pour la fin de la semaine, mais l’accrochage étant terminé, chacun va faire un tour. Découvrir des photographies. En silence – ce qui est assez inhabituel. Assez inhabituel dans nos milieux aussi de ne pas savoir si l’on aime ou pas puisqu’on n’a pas à exprimer son opinion.

Se promener

Les jambes démangent parfois. On a tous envie, j’ai l’impression, de fuir un peu le groupe, d’aller marcher un peu à la recherche de la solitude. Ici, faire quelques pas seul, après le repas, par exemple, c’est presque un geste antisocial. J’en soupçonne certains de faire semblant de téléphoner pour être moralement autorisés à s’éloigner et déambuler dans l’herbe seul.

L’écoute polie des autres

On sent que chacun a envie de parler de ce qui le préoccupe, sur un plan artistique, du moins, personnellement. Comme ce désir, bien légitime, est aussi bien partagé, on se résout à écouter les autres. C’est une écoute polie, qui tente de réprimer les signes physiques d’une envie bouillante de prendre la parole, un pied qui gigote, une jambe qui se croise et se décroise, un grattement d’épaules, la manipulation obsessionnelle d’un stylo, des regards appuyés vers les autres auditeurs.

(05.07) Le creux

Comme dans toutes les rencontres qui durent une semaine, la fatigue arrive le 3e jour. Et la relance le 4e jour. Il y a comme un creux en milieu de séjour. Tous les organisateurs d’ateliers, de workshops, de colonies de vacances, de stage, en particulier mon prof de yoga, pourront témoigner de cette temporalité particulière aux courtes rencontres.

Fortes têtes

La fatigue est liée aussi à une certaine reconnaissance du même. On sait qui photographier quoi, qui va s’installer pour écrire à la table du petit salon le soir, qui va prendre la parole à table, pour critiquer quoi, qui va faire la tête… et ce au bout de trois jours. Le constat qu’un groupe, qui a conscience d’être groupe, se construit aussi vite peut fatiguer, bien légitimement…

Internet

Expression bruyante d’enthousiasme à l’annonce de la maîtresse du lieu au début du repas : internet est revenu. C’est une grosse ouverture vers l’extérieur. Une porosité. Ceux qui s’en réjouissent, ceux qui le regrettent.

(06.07) Ne rien faire

Aujourd’hui, il a fait beau. Un vrai beau soleil d’été comme on l’attendait tous depuis longtemps. Logiquement, on était nombreux à être dehors, allongés sur l’herbe, assis sur les bancs, tournés vers le soleil… et peu dans les bureaux, les bibliothèques, les ateliers, etc. Peu à être devant nos ordinateurs (l’ordinateur, instrument de travail merveilleux autant qu’aliénant, ayant ceci de bien fait qu’on ne peut l’utiliser en plein soleil – garantie d’une certaine continuité des congés payés, sans doute)

Profitant du soleil, tout de même, une pensée : comment ne rien faire en résidence, est-on autorisé à ne rien faire lorsqu’on a été sélectionné pour produire quelque chose et qu’on n’a qu’une semaine ?

Qui nous paye ? Qui attend le résultat ? La pression ressentie est tout à fait intériorisée puisqu’on nous apporte même des rafraichissements tandis qu’on se prélasse au soleil.

(07.07) 1 jour

Je suis toujours frappée de remarquer à quel point le regard s’épuise. C’est toujours le début d’une résidence qui est le plus fertile. Toujours là que surgissent les meilleures idées et qu’on éprouve une énergie qu’on ne retrouve pas par la suite. Est-ce qu’il ne faudrait pas faire des résidences d’une journée ? Est-ce que dans ce cas, ce ne serait pas la première heure qui serait la plus riche ? On voudrait alors faire des résidences d’une heure ?

Invisibilité

Je n’ai pas pris une seule photo depuis le début du séjour. Ce n’est pas dans mes habitudes. Et je n’ai pas à me retenir de prendre des photos. Je ne sais pas comment l’interpréter.

Rumeur

Venir en résidence, c’est rencontrer des gens que souvent on ne connaissait pas, dont on peut avoir entendu parler. Les rencontres sont des récits : on se raconte nos vies, succinctement, mais surtout nos autres résidences, car la rencontre reste professionnelle.

C’est comme ça que se dessine en chacun de nous une carte mentale des résidences. Comme cela que très concrètement se construit la rumeur et se forgent les réputations. Des on-dit dont on est forcément un des maillons de la chaîne.

(08.07) Question de contrat

A l’approche de la fin de la résidence, j’aimerais retrouver le contrat dans mes papiers. Comment sont formulées les questions relevant de la propriété de ce que je vais produire ici ou à partir de ce qui s’est passé ici ? Est-ce la même chose ?

 Commande

En réalité, dans la plupart des résidences que j’ai faites, la commande n’était pas vraiment imposante : jamais je n’ai eu écrit noir sur blanc d’obligation de production, et je n’ai jamais vécu réellement les règles comme des contraintes. Ce qui ne veut pas dire que la pression n’était pas là. On a été sélectionné parmi d’autres, on est reçus, invités, on côtoie des noms connus. On se sent moins valable, moins légitime : on a tant à prouver.

Disponibilité

Quelqu’un aujourd’hui a parlé de « cueillette » pour expliquer le sentiment de disponibilité qui nous anime tous ici. C’est juste, mais il faut déjà être dans la forêt ou dans les beaux chemins humides : il faut déjà être transplanté, venir en résidence, partir en résidence, etc. On ne cueille pas les champignons sur les Champs-Elysées ni dans les rues commerçantes des petites villes de province.

Et si l’on reste chez soi, dans sa ville ou sa région, comment sortir du caractère fonctionnel de l’espace qu’on connaît ? Comment étrangéiser son regard ? J’aimerais connaître les chiffres de fréquentation des résidences de proximité.

(09.07) Portes ouvertes

Hier, c’était jour de visite : on était prévenus. Des « extérieurs » étaient susceptibles de pousser la porte de nos ateliers, de s’installer à nos tables de café, d’arpenter le jardin en prenant des photos des parterres de fleurs, etc. J’ai éprouvé le besoin, assez désagréable, d’aller ranger ma chambre, dès fois que quelqu’un s’aventure dans les étages et s’amuse à pousser les portes. Et subitement, on se rappelle qu’on est adulte, et on sourit.

Ouverte ou fermée

Les chambres, ou plutôt les chambrettes qui ressemblent, pour celles que je connais, plus aux thurnes d’internat qu’à un bed and breakfast à frou frou, ne peuvent se fermer de l’extérieur. Comme la règle de l’absence de savon (on n’est pas à l’hôtel, les résidents apportent leur savon), cette règle d’absence de clé, s’explique par des raisons de logistique bien compréhensibles. Des choix qui sont devenus des principes intangibles.

Surpris de ne pas avoir à rendre de clé quand on quitte la chambre, on se dit qu’on pourra revenir quand on veut. Et ces chambrettes, on les quitte quand même avec un coup d’œil attendri, comme tous les lieux où l’on est restés un peu…

Cluedo

Je pars un jour avant la fin officielle de la résidence – c’était prévu ainsi : j’ai une obligation familiale vendredi soir. Comme j’ai l’impression de partir en catimini, j’en profite pour pousser quelques portes et visiter des pièces que je ne connaissais pas dans ce vaste château. Je ne croise personne. Je m’imagine détective privé essayant de prévoir qui du colonel moutarde ou de Mme Pervenche va frapper dans la salle de billard avec le chandelier. Je pars avant le dénouement.