La cloche

Mon fils a fait hier sa rentrée à la maternelle. Il a deux ans et demi. Ce qui l’a le plus marqué, c’est la cloche. Le son est assez strident en effet, et très fort. La maîtresse a dû leur expliquer la signification, la première règle, car dès le premier soir, il répétait (il ne parle pas encore très bien): « école…. cloche… classe », avec des gestes explicites de la main, de ceux qui veulent dire « pousser » ou « rentrer ».

C’est la fin de la récréation, au sens propre, comme au sens figuré. EN effet, une amie me faisait remarquer hier que la cloche, c’était le début de tous les conditionnements d’emplois du temps, de contraintes sociales liées au travail, aux administrations, aux transports, à la vie en société, en fait.

Et c’est l’école qui sonne la fin de la récré.

Du temps dansé

Ce soir, un spectacle pile dans la thématique. Ca s’appelle TIME TAKES THE TIME TIME TAKES et c’est dans le cadre du festival des Brigittines, cette très belle salle bruxelloise dédiée à la danse et aux arts du mouvement.

De la danse sur un thème pareil, c’est forcément risqué: ça sent la métaphore. Et effectivement, on voit des corps faire les horloges, des métronomes, la petite et la grande aiguille, le ding dong d’une église, etc. Mais c’est beau, ça arrive à point nommé, et il n’y a pas que des métaphores temporelles: le spectacle ne tiendrait pas.

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C’est une histoire de régularités qui s’effondrent toutes pour renaître sous d’autres rythmes, une histoire de déséquilibres très impressionnants, de jeux de balance et de portées, comme des temps suspendus.

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On pense à des danses jouant la mécanique du corps, la déshumanisation des silhouettes (je pense à Wayne Mc Gregor, que j’admire beaucoup), mais l’enjeu n’est pas là. Les cinq danseurs sont incroyablement humains sur scène et il n’y a rien de plus beau dans la pièce que la façon dont les corps s’effondrent, se lâchent, glissent, se laissent aller sur le sol…

Car c’est ça aussi le temps, l’illusion d’une maîtrise, d’un remplissage, l’illusion du mouvement continu, qui en fait est happé, scandé, construit, vécu, etc.

 

J’imagine

J’imagine un homme qui vérifierait ses « temps » à chaque fois après avoir répondu à une série d’emails le matin, revu un texte professionnel, établi une facture, etc. Qui se plierait chaque matin à ces tâches répétitives comme il se serait plié au travail à la chaîne, les yeux rivés sur l’horloge, essayant de jour en jour d’améliorer ses temps.

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Horloge parlante

J’ai rencontré récemment quelqu’un qui m’a parlé de sa grand-mère qui est en train de perdre la tête. Et qui, pour lutter contre ces symptômes de la vieillesse extrême qui atteignent la perception du temps, multiplie dans son appartement les signes et les marqueurs temporels. Elle possède maintenant 5 calendriers et 5 horloges et a reçu une facture de 200 euros de l’horloge parlante…

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http://www.mon-diplome.fr/138400-Diplome-de-la-meilleure-horloge-parlante

 

Fromage ou dessert ?

Comment réagir à ces choix entre argent et temps qui nous sont de plus en plus souvent donnés quand il s’agit de voyager ?

Un Paris-Le Mans ? moins d’une heure en TGV, mais en général, 50€, ou 2h30 en TER, beaucoup moins cher et modifiable, même à la dernière minute. Et encore, Le Mans a de la chance d’avoir gardé un TER comme alternative

Depuis peu, 2 trains pour un Paris-Bruxelles : le très efficace mais hors de prix Thalys (1h20, 99 euros l’aller-simple en tarif normal, si si…), et un « nouveau » train surnommé Izy (la SNCF nous prend vraiment pour des imbéciles en donnant des petits noms mignons à des trains auxquels rien ne change – j’avais déjà expérimenté le passage, avec force publicités rigolotes, du « Corail » au « Teoz » : le même train refait à l’intérieur, mais un toilettage rapide: les sièges eux-mêmes n’avaient pas été changés, et, on avait mis des stickers géants de fleurs et d’animaux dans les toilettes (des stickers, on n’a pas trouvé plus cheap ? tendre un tissu, peut-être…), et surtout le plus fun de l’histoire, les trains n’avaient pas gagné une minute, 3h40 pour un Paris-Clermont, tout de même ! mais le train avait augmenté (prix qui a doublé en 10 ans, selon mes calculs personnels, même s’ils sont démentis par les chiffrages fumeux de la SNCF, complètement biaisés par des grilles tarifaires de plus en plus compliquées)).

Mais ce grand écart prend des proportions tout autres depuis la loi dite « Macron » sur le bus.

Le problème n’est pas, je crois que l’on puisse faire un Paris-Marseille en bus pas cher, le problème est que ce nous soit présenté comme une alternative au train placée au même niveau que le train puisque gérée par la centrale de réservation de la SNCF. Certes, on peut décocher l’option « Afficher les trajets en bus » qui surgit d’emblée sur voyages.sncf.com, mais enfin, pour le profane, ce qu’on nous propose est tentant.

Je connais des retraités qui se sont tapés quasi 10 heures de bus un dimanche pour aller voir leur fille qui venait d’accoucher (le voyage ne pouvait donc pas être prévu et réservé dans les clous, et le train paraissait vraiment trop cher). Il est évident que si les bus « Ouibus » n’avaient pas été proposés sur le site de la SNCF, jamais ce couple n’aurait eu l’idée de voyager en bus pour ce trajet. Les commerciaux s’en frottent les mains, fort bien. Mais est-ce vraiment une bonne chose ?

19 euros, certes, mais c’est un bus, c’est-à-dire soumis aux accidents de circulation, aux embouteillages auxquels il contribue grandement, la climatisation est mal réglée, les toilettes sont bouchées, on est collé contre son voisin, on ne peut pas marcher, on est obligé de s’arrêter 15 minutes au mauvais moment sur une aire d’autoroute. Mais surtout, prendre le bus, c’est contribuer à ajouter un véhicule énorme et polluant dans la circulation alors que des infrastructures ferroviaires hyper efficaces existent et ont souvent été financées à prix d’or.

Et puis, comme le disait une mère à la crèche, bus et train, ce n’est pas pareil, surtout avec un enfant de 2 ans…

Une routine… quelle routine?

Trouver un moyen d’écrire un peu tous les jours, comme d’autres trouvent le moyen de dessiner, de faire de la musique, de méditer, de faire quelques salutations au soleil, d’apprendre une langue ou tout autre chose… des petits morceaux de temps comme volés au flux habituel des jours. Chaque fois que j’essaie – souvent –, je me sens novice et je sais qu’il me faudrait une plus forte dose de détermination, certes, mais surtout de talent d’organisation. Il faudrait, comme disent les coaches de vie, installer une nouvelle routine, comme pour boire un jus de citron tiède au réveil, faire des abdos avant le petit déj., se démaquiller soigneusement le soir, etc. Le lavage de dents, préparer ses affaires pour le matin avant de se coucher, prévoir ce qu’on va manger le lendemain, tout ces petites choses ont l’air très simples et inoffensives en termes de chronophagie une fois qu’elles sont « installées », mais le tout est de les installer, justement…

Alors, quel créneau choisir ? La première chose en allumant l’ordinateur ? Il faudrait alors bien penser à désactiver le wifi et à écrire dans un fichier texte, avant de se laisser happer par les masses de messages, de requêtes urgentes ou simplement d’informations qui brouillent notre rapport au temps. Ou, au moment d’une pause, à midi, par exemple, comme certains prennent le temps de lire le journal ou des articles en ligne un peu plus longs que d’habitude, avec le café. Écrire comme on ferait une pause, cela paraît étrange. Reste les transports, temps de déplacement où le corps est immobile, train, métro, bus, pour peu que l’on trouve une place assise ou une vitre contre laquelle appuyer un carnet sauf si l’on préfère écrire sur téléphone, bien sûr. C’est le lieu par excellence de la note qu’on a du mal à relire, style plus que télégraphique, notule à recopier ou développer plus tard. Un terreau fertile qu’il ne faudrait pas oublier de cultiver si on ne veut pas que les feuillets griffonnés ne se ramassent simplement à la pelle. Reste le moment du soir, une fois toutes les tâches, urgences et obligations terminées, il reste toujours du temps, bien sûr. C’est le moment préféré de beaucoup de gens, mais, dans mon nouveau biotope, je dois dire que le soir, fatigue et lassitude m’empêchent en général d’ajouter quoi que ce soit à l’édifice de mes « projets personnels ». Il faudrait le glandi auquel je pense souvent, ou tout autre jour de la semaine où les obligations professionnelles seraient mises en sourdine et celles du week-end encore inexistantes. Un jour pour soi, en somme. C’était quand même ce qu’il y avait de beau dans le projet des 35 heures – contre lequel, soi dit en passant je ne comprends pas la violence des critiques. Ou des vacances où l’on ne partirait pas, où l’on prendrait le temps, mais cela implique d’avoir beaucoup de vacances pour partir aussi, une autre fois…

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http://www.ecribouille.net/installer-une-routine-de-croquis/